Éditorial

Chers Collègues,

Si les signes de retour à une vie normale s’inscrivent dans la vie quotidienne, les congrès sont encore fortement affectés par l’épidémie de SARS-Cov2. Il en fut ainsi pour les deux plus gros congrès américains sur le cancer qui se sont réunis lors du 1er semestre de cette année, le congrès de l’American Association for Cancer Research (AARC) et celui de l’American Society for Clinical Oncology (ASCO). La visualisation et l’écoute attentive des vidéos et des discussions attenantes ou même la participation aux sessions « live » permettent une circulation de l’information, cependant elles ne remplacent pas l’assistance à l’événement, la présentation orale formidable dont vous vous souvenez, les réunions et discussions avec les collègues venant de différents points du globe, les rencontres inopinées faisant remonter des souvenirs anciens, tous ces éléments qui donnent le sentiment d’appartenance à une communauté. Espérons que ceci reviendra vite afin que nos jeunes collègues puissent eux aussi connaître ces éléments essentiels de notre vie d’immuno oncologues.

J’ai le plaisir de vous présenter ce nouveau numéro de LA REVUE Immunité & Cancer qui tente de mettre en perspective toutes les informations disperses et parcellaires dont vous disposez dans le quotidien de vos domaines d’expertise afin d’en extraire des lignes de force, de les confronter à celles des autres domaines et de vous informer sur les nouveaux champs de la recherche en immuno-oncologie. Tout d’abord, la mise au point présente une analyse détaillée des données disponibles sur la réponse thérapeutique après administration d’un anti-PD-1 ou PD-L1 chez les patients atteints d’un cancer du poumon et ayant un âge avancé, un PS ≥ 2 ou une sérologie HIV positive (Alexandra Bizot, Baptiste Abbar, Armelle Lavole, Bernard Milleron, Élisabeth Quoix, Valérie Gounant). Les nouvelles semblent bonnes : ces patients répondent à l’immunothérapie, avec un impact favorable majeur sur la survie et la qualité de vie. Nous attendons avec impatience les résultats des études dédiées à ces populations particulières qui seront menées par l’Intergroupe Francophone de Cancérologie Thoracique. Les nouvelles aussi semblent rassurantes d’après les résultats de la cohorte française GCO-002 CACOVID-19 étudiant les facteurs de risque de sévérité et de mortalité chez les patients ayant un cancer solide et atteints de COVID-19 (article bref par Astrid Lièvre). Les conclusions montrent que si le risque aggravant d’une chimiothérapie récente ne peut être complètement écarté, il ne joue probablement pas un rôle majeur dans les formes sévères de COVID-19 et ne justifie pas à lui seul une politique d’allègement thérapeutique en période
d’endémie.

Le dossier thématique présente une analyse comparée du statut de l’immunothérapie par ICI dans les cancers colorectaux selon l’instabilité des microsatellites, à partir de plus d’une vingtaine d’essais thérapeutiques. Les résultats sont favorables mais cependant accompagnés de résistances dans les cancers à instabilité des microsatellites (MSI), et montrent une efficacité limitée des ICI dans les cancers sans instabilité des microsatellites (MSS). Les nouvelles approches combinatoires (ICI + anti-angiogéniques/inhibiteurs de signalisation) et l’apport des biomarqueurs (PD-L1, mutations POLE) dans les cancers MSS sont discutés (Juliette Palle, Aziz Zaanan). Les articles brefs présentent des nouvelles de l’ASCO GI (Camille Evrard, David Tougeron) et de l’ASCO GU (Yann-Alexandre Vano). Ce dernier article présente l’enfortumab vedotin, un anticorps monoclonal humanisé conjugué ciblant la Nectine-4, une molécule d’adhérence exprimée à la surface d’environ 90 % des cellules tumorales urothéliales. Couplé à un agent cytotoxique anti-microtubule, cet anticorps se révèle efficace dans l’étude EV de phase III dans le carcinome urothélial métastatique. Le cas clinique rapporte l’apparition de pneumopathies immuno-induites dans le cancer du rein, et discute les indications et modalités de la néphrectomie après traitement premier par immunothérapie (Aymeric Favre, Aude Fléchon). Enfin l’œil de l’interne (rubrique ouverte désormais aussi aux étudiants en sciences), dissèque les avantages et les inconvénients des CAR-NK (Thomas Pagliardini) par rapport aux CAR T-cells.

J’espère vous avoir convaincu que ce numéro est riche de réflexions sur l’actualité ; n’hésitez pas à en faire part à vos collègues, à faire participer vos internes et à susciter de nouveaux abonnements !

Bon été à tous et à très bientôt.

Pr Catherine SAUTÈS-FRIDMAN
Rédactrice en chef de LA REVUE Immunité & Cancer

Rev Immun Cancer 2021 ; 5 (2) : 55-6.