Éditorial

Chers Collègues,

Alors que de nombreux progrès ont été réalisés dans la connaissance du rôle de l’infiltrat immunitaire intra-tumoral sur la progression tumorale et la métastase, le rôle des fibroblastes est un domaine qui reste encore à explorer. Les fibroblastes ont été longtemps considérés comme favorisant la croissance tumorale par la sécrétion de TGF-bêta et de protéines de la matrice extracellulaire (collagène par exemple). Cependant, des études récentes suggèrent qu’ils sont capables de présenter des antigènes tumoraux, de dialoguer avec les différents types cellulaires du microenvironnement, de jouer un rôle dans les défenses antitumorales, pouvant ainsi fournir de nouvelles cibles thérapeutiques. Ces questions sont abordées dans la « Mise au Point » réalisée par Andrei Turtoi.

L’un des articles brefs concerne un travail présenté à l’ESMO et sous presse dans la revue Nature (Florent Petitprez et al.). Il s’agit de l’identification, dans les sarcomes des tissus mous, d’un groupe de patients dont les tumeurs ont un infiltrat immunitaire particulièrement riche en lymphocytes B et en structures lymphoïdes tertiaires (SLT), et où 50 % des patients répondent à l’immunothérapie. Les études prospectives en cours nous montreront si les SLT deviennent un biomarqueur de réponse dans cette pathologie. L’oeil de l’interne présente une intéressante analyse comparative d’études très prometteuses de phase III de combinaison en première ligne de nivolumab/axitinib par rapport à nivolumab/ipilimumab. Avec des taux de réponse à peu près identiques dans ces deux combinaisons, la question traitée par Cédric Pobel et al. est : quel doublet faut-il privilégier ?

L’hyperprogression reste le « côté noir de la force » en immunothérapie par anti-ICP. En réactivant les défenses antitumorales,
ces immunothérapies exposent les patients à un risque de toxicité et de réactions auto-immunes. Un dossier thématique très complet compare les caractéristiques des toxicités induites par anti-PD-1 et anti-CTLA-4 et discute non seulement comment les caractériser et les prendre en charge, mais aussi comment les prévenir et les anticiper. Il se termine par une série d’exemples et de recommandations concrètes fort utiles (Jean-Marie Michot et col.). En miroir de cet article clinique, l’article bref apporte une tentative d’explication de l’un des mécanismes conduisant à l’hyperprogression, impliquant les LTreg dans l’inhibition des défenses antitumorales (Paul Garcia et al.).

Enfin, nous présentons un cas clinique sur les défis de la prise en charge des syndromes paranéoplasiques neurologiques, soumis directement à LA REVUE Immunité & Cancer et expertisé par nos collègues.

Un grand merci à tous les auteurs pour leur implication dans la Revue. Ce numéro de fin d’année illustre la vocation de LA REVUE Immunité & Cancer de vous fournir les clefs pour suivre l’actualité en immuno-oncologie, et vous tenir au courant des nouvelles directions de cette discipline si mouvante et dynamique. Des progrès considérables ont encore été faits récemment comme vous le verrez dans les lignes qui suivent. Il reste encore du chemin à parcourir et je souhaite que la Revue accompagne vos pas.

Avec toute l’équipe de rédaction, nous vous souhaitons une excellente année 2020 !

À bientôt aux 4èmes JSIC !

Pr Catherine SAUTÈS-FRIDMAN
Rédactrice en chef de LA REVUE Immunité & Cancer

Des nouvelles sur le front des immunothérapies

SITC 2019 : des progrès dans CPNPC et l’avancée des immunisations locales

Au congrès de la société internationale d’immunothérapie du cancer (SITC 2019) qui s’est déroulé près de Washington, a été présentée l’analyse Interim de l’étude IMPower110 de l’atezolizumab en 1re ligne qui montre un effet bénéfique sur la survie globale (SG) et la survie sans progression (SSP) par rapport à la chimiothérapie chez les patients PD-L1Hi (> 50 % TC et > 10 % IC avec le SP142) dans le CPNPC stade IV (HR 0,59, IC 95 % 0,40-0,89, p = 0,0106) (Herbst et al., Université de Yale). Le congrès a aussi donné une large place aux tentatives d’immunisation locale par injection d’agents stimulant les récepteurs Toll-like, d’anticorps (anti-ICP ou anti-agonistes) ou par l’utilisation de virus oncolytiques. Un essai de phase III dans le mélanome métastatique est en cours avec un agoniste de TLR9 chez des patients résistants à l’ipilimumab. Nous traiterons ces questions en détail dans l’un de nos prochains numéros. Une session plénière a permis de discuter la question des EILI, les organes cibles, l’importance de la dose de corticoïdes et montré l’efficacité de l’infliximab dans les colites induites par l’ipilimumab.

Wu et col. ont fait état du développement du premier anticorps humain trispécifique conçu pour amener une cellule T à proximité d’une cellule de myélome et pour stimuler la réponse anticancéreuse des cellules T. Cet anticorps trispécifique se lie à trois cibles : CD38 sur la cellule de myélome et CD28 et le complexe protéique CD3 sur la cellule T. Le CD28 apporte le co-signal qui évite l’anergie ou la mort cellulaire que la stimulation unique du TCR par l’anti-CD3 pourrait engendrer. Les premiers résultats d’activité et de toxicité limitée sont encourageants dans les modèles animaux (dans le 1er numéro de la revue Nature Cancer, 2019).

Dernière minute : ESMO ASIA 2019 : des progrès dans le CHC ! 

Le traitement par atezolizumab associé au bevacizumab administré en première ligne chez les patients atteints d’un carcinome hépatocellulaire (CHC) non résécable, a prolongé significativement la SG et la SSP par rapport au traitement standard actuel, le sorafenib. Les résultats de la première analyse des données issues de l’essai de phase III IMbrave150 (NCT03434379) concernant l’atezolizumab plus bevacizumab par rapport au sorafenib chez les patients atteints de CHC non résécable ont été présentés (Ann Lii-Cheng, National Taiwan University à Taipei). Avec un suivi médian de 8,6 mois, la SG médiane avec l’association atezolizumab n’était pas estimable (NE) contre 13,2 mois (IC à 95 %, 10,4-NE) avec le sorafenib (ratio de risque [HR] 0,58 ; IC 95 %, 0,42-0,79 ; p = 0,0006). La SSP médiane avec l’association était de 6,8 mois (IC 95 %, 5,7-8,3) versus 4,5 (IC 95 %, 4,0-5,6) avec le sorafenib (HR 0,59 (IC 95 %, 0,47-0,76 ; p < 0,0001). Le taux de réponse objective (ORR) avec les traitements respectifs était de 27 % contre 12 % (p < 0,0001) selon IRF RECIST v1.1. Selon les critères IRC HRE mRECIST, la réponse était presque trois fois plus élevée avec atezolizumab plus bevacizumab par rapport au sorafenib ; l’ORR était de 33 % contre 13 % (p < 0,0001), respectivement.

Selon les chercheurs, l’atezolizumab/bevacizumab retardait la détérioration de la qualité de vie par rapport au sorafenib. La durée médiane du traitement était de 7,4 mois avec la combinaison et de 2,8 mois pour le sorafenib. Avec l’association combinée atezolizumab et bevacizumab, 57 % des patients ont signalé des effets indésirables de grade 3-4 et 55 % des patients recevant du sorafenib présentaient un effet indésirable de grade 3-4.

Excellent bilan à 5 ans nivolumab + ipilimumab ou nivolumab pour les mélanomes métastatiques

Cinquante-deux pour cent de survie à 5 ans pour les mélanomes métastatiques traités par nivolumab + ipilimumab, 44 % par nivolumab seul contre 26 % par ipilimumab seul (CheckMate 67, Larkin et al., New England Journal of Medecine, octobre 2019).

En France, de bonnes nouvelles pour l’immunothérapie

Le pembrolizumab est désormais remboursé dans le cancer du poumon non épidermoïde en 1re ligne qui ne présente pas
de mutations d’EGFR et d’ALK, le carcinome urothélial en 2e ligne après échec des sels de platine, le lymphome de Hodgkin en rechute ou réfractaire et en traitement adjuvant de mélanome de stade III (journal officiel du 22 novembre 2019).

Rev Immun Cancer 2019 ; 3 (4) : 167-8.